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Vivre (ou vive!) l’écoresponsabilité en famille

5 août 2020
À la mémoire d’Alain Massé, fondateur et travailleur d’exception
3 avril 2020
Lancement de Carbone Scol’ERE en France
7 octobre 2020

Il y a quelques mois, nous nous sommes réunies autour d’un café avec deux jeunes mamans et une femme enceinte. Toutes liées par la Coop FA et la Bourse du carbone Scol'ERE, elles nous ont inspiré l'idée de ce billet.


Nous avons échangé sur les thèmes de la famille et de l’écoresponsabilité. Elles nous ont fait découvrir leur motivation et leur expérience, tout en partageant des réflexions, des petits trucs et des défis qu’elles ont rencontrés. Comme les trois mamans prennent des actions concrètes au quotidien et qu’elles ont toutes des parcours différents, ceci a permis des échanges riches et dynamiques.

Les motivations derrière ce style de vie

Dans le cas des trois femmes avec qui nous avons échangé, la famille n’a pas nécessairement agi comme un incubateur de leurs valeurs écoresponsables. Ce sont plutôt des principes personnels jumelés à des éléments tels que l’importance de passer du temps ensemble et de prioriser la qualité des matières lors d’un achat qui ont guidé cette transition.

L’accent a aussi été mis sur l’importance de se remettre en question et de développer son esprit critique. Il faut prendre le temps de se renseigner, d’aller au-delà de l’information donnée par les médias traditionnels. Oser se demander si on est vraiment plus écoresponsables lorsqu’on achète des produits caractérisés « écologiques ».

La transition durant le congé de maternité

Intégrer les concepts d’écoresponsabilité à son quotidien familial demande du temps et de l’organisation. Le congé de maternité représente souvent un moment propice. La femme est à la maison et plusieurs occasions telles que les siestes et les petits moments collés la nuit lorsque bébé se réveille permettent de s’informer sur plusieurs sujets. Ça engendre aussi beaucoup de questionnements et de réflexions qui peuvent mener à des transitions comme celle vers l’écoresponsabilité. On voit d’ailleurs naitre beaucoup de beaux projets durant cette période qui agit en quelque sorte comme un incubateur de gestes écoresponsables.

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Consommer de façon responsable avec un enfant

L’univers de la petite enfance regorge de vêtements, accessoires et gadgets tous plus mignons les uns que les autres. Il peut être tentant de vouloir se procurer certains items à l’occasion. L’important est simplement de s’assurer qu’on se respecte dans ses choix. On n’hésite pas à se questionner, à savoir si c’est vraiment nécessaire et si ça comble un besoin essentiel.

Si on pense aux couches et lingettes lavables, un exemple qui est revenu à quelques reprises lors de la discussion, on peut avoir tendance à dire qu’elles sont mieux que les jetables. Toutefois, il faut nuancer en fonction de la façon dont on les consomme.

Si on utilise un petit lot de couches qui permet d’intégrer un cycle de lavage aux 2-3 jours ou encore si on peut jumeler le lavage des lingettes à celui des serviettes, ça peut être intéressant. Et si les items que l’on utilise proviennent d’un don ou d’un achat usagé et qu’ils ont déjà servi à d’autres enfants auparavant, c’est encore mieux. Il peut également être pertinent d’en faire l’essai via un système de location en boutique qui offre la possibilité de tester plusieurs modèles avant de s’équiper. Il y a donc une certaine éducation à faire au niveau des choix qui sont présentés comme écologiques.

Cela dit, comme pour tout le monde, même lorsqu’on pratique l’écoresponsabilité, il peut nous arriver de flancher. Lorsque c’est le cas, on ne se juge pas. Il ne s’agit pas d’être parfait, mais plutôt de faire de son mieux, à la hauteur de ses capacités. Ce principe s’applique autant quand il est question d’un item entièrement dédié à notre enfant (tel que l’utilisation occasionnelle de couches ou lingettes jetables) que lorsqu’il s’agit d’une boîte de biscuits qui nous fait envie dans les étalages à l’épicerie.

Le truc dans l’écoresponsabilité, c’est de ne pas se mettre de pression.

L’aspect du gaspillage est aussi un autre élément à prendre en considération. Avec des tout-petits, on ne s’en sort pas, surtout lors de l’apprentissage de l’alimentation. Que l’on choisisse les traditionnelles purées ou la DME (diversification menée par l’enfant), un bébé qui commence à s’alimenter gaspille de la nourriture. Il faut lâcher prise et accepter le fait que c’est tout à fait normal pour un enfant.

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Conscientiser son entourage tout en douceur

L’entourage proche est d’une aide considérable pour faire respecter ses choix et ses valeurs lors de l’organisation d’un anniversaire ou d’une fête de naissance, par exemple. Même si certaines personnes sont moins conscientisées, en ayant quelqu’un qui fait un rappel de ce qui est important pour nous, elles seront plus enclines à faire des efforts. Bien sûr, ce ne sera peut-être pas parfait, mais il faut savoir apprécier ces petites tentatives à leur juste valeur.

D’un autre côté, il est aussi important d’imposer ses limites. Même si l’arrivée de bébé comble tout le monde de bonheur, cela ne veut pas dire qu’on doit crouler sous les cadeaux. Que ce soit pour démontrer leur fierté ou simplement comme petite attention, certains seront tentés de vous offrir quelque chose à chaque occasion qui se présente, quitte à en créer une. Il faut donc être ferme, tout en faisant attention de ne pas blesser personne. Prioriser le temps de qualité ensemble peut être une belle façon de se faire gâter sans nécessairement y rattacher un bien matériel. Pour les jeunes parents, la préparation de bons plats maison qu’ils pourront congeler représente également un magnifique cadeau.

On peut aussi préparer une liste avec des suggestions qui seront utiles, par exemple des vêtements. Ou même une liste avec les choses que l’on a déjà à partir de laquelle les gens pourront s’inspirer. La beauté de cette initiative est que ceci laisse place aux dons usagés auxquels se rattache parfois un attachement émotionnel.

Curieux de voir la liste que Geneviève a préparé pour son shower? Vous pouvez la télécharger juste ici.

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Prioriser l’achat de seconde main ou le caractère écoresponsable de l’objet

Un autre constat qui est ressorti lors de notre échange est la difficulté à aller jusqu’à la fin de vie utile d’un objet pour bébé. Le temps défile sans même qu’on le voit passer et en un clin d’œil, les mignons habits de notre petit amour ne lui font déjà plus. Lorsqu’on prend le temps de s’arrêter et de faire ce constat, on réalise rapidement qu’acheter usagé, c’est la clé!

Pour les achats nécessaires dans lesquels on préfère investir, on peut prioriser l’acquisition d’un item de qualité et de fabrication locale, tout en prenant soin de regarder le type d’emballage. Comme ceci représente parfois un gros montant, tel que l’achat d’une chaise haute par exemple, on peut inviter notre entourage à donner des sous qui serviront à cela.

Un autre défi qui peut se présenter est de réussir à sensibiliser les gens à aller au-delà des stéréotypes qui veulent que le rose soit pour une fille et le bleu pour un garçon. Dans le cas où l’on souhaite avant tout consommer usagé et permettre à un article d’être le plus utile possible, les motifs ou les couleurs ont peu d’importance.

Transmettre ses valeurs écoresponsables en toute légèreté à son enfant

Conscientisées, les mères avec qui nous avons discuté pratiquent l’écoresponsabilité au quotidien avec de jeunes enfants. Leur transmettre ces valeurs écoresponsables en lesquelles elles croient représente par conséquent une suite logique à ce mode de vie.

Les tout-petits apprennent par l’exemple donc en nous voyant poser des gestes concrets et être heureux de le faire, ils sont nécessairement plus enclins à répéter ces actions à leur tour. Une autre partie importante de cette éducation est la vulgarisation. Dès que notre enfant est en âge de comprendre, on lui explique, dans des mots qui facilitent sa compréhension, pourquoi certains items ou actions ne sont pas autorisés à la maison. Par exemple, les aliments sucrés suremballés à l’épicerie peuvent parfois leur faire envie, tout comme nous. Il est important d’expliquer le refus en mentionnant la quantité de déchets que cela représente. L’équilibre demeure également indispensable tout au long de l’apprentissage puisqu’on ne voudrait pas que l’enfant se sente privé. Encore une fois, il faut s’écouter et se respecter dans ses choix. Il faut éviter que les choses ou activités en lesquelles on croit moins deviennent une récompense pour compenser ce qui pourrait être perçu comme un manque.¸

L’apprentissage peut aussi être rendu ludique au niveau des objets et des matières. Par l’entremise du jeu, on porte l’enfant à se questionner sur la bonne façon de disposer d’un objet en allant le porter au recyclage, au compost ou, dans le cas d’un jouet par exemple, en encourageant le don. L’objectif derrière cette façon de faire est de sensibiliser le tout-petit à son environnement et l’impliquer auprès de la communauté tout en rendant l’éducation aux valeurs écoresponsables légères. Une fois de plus, cohérence et constance sont les mots d’ordre.

Un autre constat est que les conséquences des changements climatiques sont souvent une source de stress pour les enfants lorsqu’ils y sont exposés. En prenant soin de leur expliquer les gestes liés à un mode de vie plus écoresponsable, on les incite à réfléchir et développer leur sens critique. Lorsqu’ils font leur entrée à l’école, ils sont bien outillés et moins enclins à avoir peur des faits qu’on leur expose. Cette façon de faire constitue d’ailleurs un des objectifs principaux du programme de la Bourse du carbone Scol’ERE.

L’organisation au quotidien

Tout cet élan de transition écoresponsable peut toutefois occasionner certaines inquiétudes concernant la meilleure façon de s’organiser. Afin d’appliquer les concepts d’écoresponsabilité, il faut prévoir du temps. Si on pense au retour au travail après un congé de maternité, la réalité et les horaires sont différents. Il faut donc anticiper un certain moment d’adaptation et s’autoriser des choix qui facilitent la vie. Certaines voient ces actions écoresponsables comme des tâches à accomplir, alors que pour d’autres, il s’agit plutôt d’un mode de vie. Les loisirs prônés par la société sont mis de côté pour laisser place à certaines actions guidées par leurs valeurs écoresponsables : s’allouer du temps pour cuisiner ses repas et ses collations, jouer dehors, travailler sur son terrain.

Pour nous, l’écoresponsabilité c’est un mode de vie. Ce n’est pas une course de choses à faire.

Pour certaines, la réalité est un peu différente. Que ce soit en raison des horaires bien remplis ou des défis que peuvent représenter les déplacements avec des enfants, la planification des repas est plutôt perçue comme une tâche. Bien évidemment, éviter les aliments emballés de façon individuelle, prioriser l’achat en vrac et cuisiner le plus possible demande beaucoup de temps. Pour y parvenir, on prévoit un moment à son horaire, comme un élément à cocher d’une liste. Dans cette optique, un mode de vie urbain est une option intéressante pour la proximité des services qui facilite grandement le quotidien.

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Laurence et sa fille

La consommation et les habitudes à l’extérieur du domicile

Bien que l’on essaie de transmettre ses valeurs écoresponsables à ses enfants, il n’est pas possible de maitriser tout ce qui se passe à l’extérieur du cercle familial. Les habitudes à la garderie et à l’école peuvent venir interférer avec les principes d’écoresponsabilité prônés à la maison. Les collations emballées individuellement qui sont habituellement proscrites à la maison peuvent être offertes à l’école. Dans cette optique, les enfants pourraient devenir des porte-paroles de ce qui se passe à l’école, mais tout en faisant attention de ne pas leur mettre trop de pression.

Pour ce qui est des salons de la famille et de l’écoresponsabilité, ils semblaient perçus sensiblement de la même façon par tous. Sans les caractériser positivement ou négativement, on parle plutôt de l’intention lorsqu’on s’y rend. Dans la perspective où on désire aller s’informer et chercher des outils, ça peut être intéressant. Par contre, si on multiplie les achats de produits dits « écoresponsables », on perd un peu l’essence du mouvement. Il faut donc avoir le souci de se questionner et de s’assurer d’être cohérent avec ses valeurs.

Merci à Geneviève, Véronique et Laurence pour leur temps et leur ouverture. Ce fut un plaisir de discuter avec elles et de découvrir leurs différents parcours et visions de l’écoresponsabilité. Ce reportage nourrira certainement les réflexions de plusieurs quant à la place qu’occupent les gestes écoresponsables au sein de leur vie de famille.

Et vous, quelle est votre relation avec l’écoresponsabilité? Êtes-vous de ceux qui la considèrent comme une façon de vivre?

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Geneviève, Véronique et Laurence

Participantes :

- Geneviève Delisle-Thibeault, coordonnatrice nationale de la Bourse du carbone Scol’ERE et chargée de projet en environnement à la Coop FA, enceinte au moment de l’entrevue et maintenant maman d’un petit garçon.

- Véronique Lavoie, propriétaire de la Ferme Horticole Lajoie, maman de 3 enfants âgés de moins de 6 ans.

- Laurence Bonin, alors chargée de projet en environnement à la Coop FA, maman d’une petite fille de moins d’un an.

Par une approche créative et positive, la Coop FA mène des projets en éducation relative à l’environnement auprès des écoles, des citoyens et des organisations pour inspirer l’action écoresponsable. Elle est également l’initiatrice de la Bourse du carbone Scol’ERE, un mouvement éducatif et collectif dans la réduction des gaz à effet de serre et l’adoption de nouvelles habitudes de vie plus sobres en carbone via les volets #Jemengage et #Jecompense.